Marjorie Pouzadoux Bokobza est directrice marketing du pôle féminin dans un grand groupe média et fondatrice de la communauté Les Intrapreneuses. Grâce à elle, de nombreuses femmes apprennent aujourd’hui à réinventer leur job au sein des corporates.

Bonjour Marjorie ! comment vous avez commencé à intraprendre dans votre entreprise il y a 10 ans?

Les dix dernières années ont été des années de transformation digitale dans les médias et les managers qui portaient le changement au sein de mon entreprise m’ont permis de proposer mes projets. La lecture de “Lean in” de Sheryl Sandberg m’a également beaucoup inspirée et j’ai eu envie d’oser davantage, d’accélérer mes projets !
Aujourd’hui encore je suis passionnée par mon métier, je prends donc sur mon temps libre pour me former et monter mes projets. En ce moment, je pousse un projet d’intrapreneuriat dans la réalité virtuelle, on sera prêts d’ici la fin de l’année. J’aime la nouveauté, c’est l’un de mes moteurs avec le challenge.

Quelle est votre vision de l’intrapreneuriat ?

Ce qui me porte c’est cette idée de “tous intrapreneurs” ou comment chacun peut développer un état d’esprit entrepreneurial au sein des entreprises. L’intrapreneuriat implique d’être proactif, de développer sa créativité, de pas hésiter à se former soi-même, de s’équiper soi-même, de travailler sa propre marque, d’être acteur de son parcours en entreprise..
L’intrapreneuriat que je prône implique une dynamique très capillaire où l’on pense l’implémentation au moment de la conceptualisation. Mais ce n’est pas la seule façon d’intraprendre : il y a aussi un intrapreneuriat basé sur du “corporate hacking” où l’on développe des projets à l’extérieur avant de les implémenter au sein de l’entreprise. Les deux démarches sont différentes mais elles génèrent toutes les deux de l’innovation.

Comment concrétisez-vous cette volonté d’insuffler un nouvel état d’esprit en entreprise ?

Mon but c’est d’agir pour que chacune se révèle à soi-même en levant les freins internes à l’innovation. Pour relever ce challenge, j’interviens souvent dans les entreprises, je participe au programme d’intrapreneuriat 66Miles de Paris Pionnières, je donne des formations et je prépare un baromètre de « l’anti-plafond de verre » à destination des jeunes femmes pour fin 2017.
J’ai également créé un groupe Facebook et j’ai déposé la marque « Les Intrapreneuses ». Mon ambition? construire une communauté mixte et solidaire de gens qui ont envie de déployer les méthodes entrepreneuriales pour développer l’innovation corporate.

Après toutes ces années d’intrapreneuriat, êtes-vous tentée par l’entrepreneuriat ?

Absolument pas ! Je n’ai pas du tout envie de monter ma boite, je suis corporate et je le resterai. Ce qui me plait c’est de manager l’innovation corporate, ce qui me motive c’est d’anticiper les process et les freins en interne. Et puis, je ne peux quand même pas être une influenceuse intrapreneuriat sans intraprendre moi-même !

Comment expliquez-vous la difficulté des intrapreneures à exposer leur expérience ?

Les entreprises valorisent de plus en plus les démarches intrapreneuriales mais il y a des freins à s’exposer quand on est un(e) corporate. Pourquoi ? parce qu’il y a des processus internes de validation et qu’il faut bien faire avec. Je pense cependant qu’on va dans le bon sens, vers plus de liberté de parole sur ce que l’on fait en entreprise. Si je n’avais pas eu la validation de mon entreprise, je n’aurais pas créé cette communauté, j’aurais fait autre chose !

Quel conseil donneriez-vous aux femmes ?

Identifiez vos moteurs et nourrissez-les ! Mon meilleur moteur, c’est le challenge. Pour d’autres, ça peut-être la sécurité. Peu importe, nourrissons-les. L’ambition bienveillante c’est d’abord de la bienveillance envers soi-même. C’est comme en avion, la consigne en cas de dépressurisation de la cabine, c’est de mettre son masque avant celui de son enfant. Là, c’est pareil : prenez soin de vous d’abord !

Qui est votre role model ?

Sheryl Sandberg pour l’aspect “lean in”, – à traduire « en avant » – , et “option b”, la résilience. Je m’y retrouve tout à fait.

Qu’est-ce qui fait de vous une femme Feminalink ?

J’ai deux jumeaux, je fais du yoga, je me mets au skate. J’adore mon boulot, je suis une femme de réseaux, mais ne me mettez pas un rendez-vous trop tôt le matin ou trop tard le soir ! J’ai juste besoin de dormir. J’ai compris très vite que ça ne servait à rien pour moi de laisser traîner les horaires en longueur, que c’était contre-productif. Et puis, pour soigner mon équilibre et être performante toute la semaine, j’ai sanctuarisé des moments dans mon agenda notamment ma séance de yoga du mercredi midi !