Clara Gaymard, Présidente du Women’s Forum et co-fondatrice de RAISE, une société d’investissement et fond de dotation qui accompagnent et soutiennent les plus belles PME de croissance et Startup françaises !

Bonjour Clara ! votre parcours est unique, comment a-t’il commencé ?

Je n’ai jamais su ce que je voulais faire professionnellement, et je suis d’une génération où il était encore très difficile pour les femmes de faire carrière. J’ai dû me faufiler. D’abord, j’étais certaine d’être une très mauvaise ménagère et je savais que rester à la maison n’était pas pour moi. Et puis, après Sciences Po et l’ENA, j’avais le sentiment d’avoir une dette envers mon pays, celui qui m’avait donné une éducation. J’ai donc d’abord travaillé pour l’état car il me semblait normal de rendre par le fruit de mon travail ce que j’avais reçu. J’ai eu la chance d’apprendre, c’est tellement exceptionnel, il y a tellement peu de femmes dans le monde qui ont cette liberté !

Comment avez-vous construit votre carrière ?

J’ai essayé de choisir des postes dans lesquels je pouvais  m’épanouir et qui participaient à une oeuvre collective. En fait, j’ai passé ma vie à ne pas tout comprendre de mon métier et je l’ai accepté. Souvent les femmes maîtrisent tout dans leur univers familial et ont peur de se lancer dans l’inconnu, dans un univers dont elles ne connaissent pas tous les enjeux mais finalement, cela n’a pas d’importance. L’important c’est de faire de son mieux et de faire son métier en y trouvant un vrai plaisir.

Quel a été votre principal moteur professionnel ?

Je n’ai jamais cherché la réussite, j’ai simplement cherché à participer à des projets qui étaient plus grands que moi.

Mon plaisir à moi a toujours été de travailler avec des gens que je respecte et que j’admire. Je suis venue chez Général Electric, par exemple, parce que j’avais une profonde admiration pour Jeff Immelt (PDG de General Electric de 2001 à 2017).

Comment définiriez-vous votre style de leadership ?

Je pense que donner la liberté aux personnes d’inventer leur devenir dans l’entreprise est très important. Ce n’est pas forcément confortable et je ne suis pas sûre d’être une patronne sécurisante pour tout le monde, mais pour des personnalités qui ont envie de respirer, de délivrer ce qu’ils savent faire et de participer à une aventure commune, c’est extrêmement libérateur.

J’ai toujours pensé que le plus grand péché des grandes entreprises était de recruter des expertises et non pas des personnes. Quand on recrute quelqu’un avec une expertise, il a en fait une capacité de développement insoupçonnée. Lorsque je recrute, je dis toujours aux personnes qu’elles sont là pour réaliser une mission qu’elles vont embrasser en quelques mois, en espérant que d’ici un an cela ne représente plus que 60% de leur travail. Je leur donne quartier libre pour développer autre chose dont j’ignore tout au moment de leur arrivée.

Comment voyez-vous votre rôle de dirigeante ?

La difficulté du leadership est surtout d’arriver à faire en sorte que chacun trouve sa place dans un univers mouvant, où l’on grandit, se développe, ou rétrécit. Je pense que le rôle d’un dirigeant ce n’est pas de chercher la performance mais de chercher l’harmonie. De l’harmonie viendra la performance. Comment créer cette harmonie ? Et bien, on a tous besoin de se sentir irremplaçable, de sentir qu’au-delà de ce que l’on apporte, on est une personne à part entière. La performance pour la performance est possible, mais les gens s’essoufflent et finissent toujours par partir parce qu’ils ne se sentent pas respectés. On a beau augmenter leur salaire, ils ne sont pas en harmonie avec eux-mêmes. Cela demande de consacrer beaucoup de temps aux personnes mais ça vaut la peine, j’en suis convaincue.

Quelle a été votre expérience de leader avec les femmes particulièrement ?

Je ne crois pas avoir rencontré une femme qui ne m’ait dit au moment de son recrutement qu’elle n’allait pas y arriver, que ça allait être trop difficile. Une rencontre m’a particulièrement marqué : cette femme devait avoir 55-60 ans et avait toujours préparé les dossiers pour un jeune administrateur à Bruxelles. Un jour, je lui ai dit que c’était elle qui allait aller défendre ce dossier. J’avais beau multiplier les arguments, je n’arrivais pas à la convaincre qu’elle savait et pouvait le faire. Je lui donc demandé si elle me faisait confiance et elle a répondu « oui ». Alors, je lui ai dit que si ça ne marchait pas, ce ne serait pas de sa faute mais de la mienne parce que je me serais trompée moi, pas elle, car le rôle d’un dirigeant c’est aussi de mettre les bonnes personnes aux bons endroits. Elle a eu très peur la première fois mais elle a réussi.

Quelques années plus tard, quand cette femme a pris sa retraite, elle m’a confié que j’avais changé non pas seulement son métier, mais aussi sa vie personnelle : elle avait osé prendre des décisions privées qu’elle n’aurait pas prises sans cette conscience qu’elle en était capable, sans cette confiance que je lui avais accordée ce jour-là. Mon message ? la confiance, vous l’avez en vous, faites-vous confiance !

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