Céline Parsoud est la toute jeune présidente de Women’Up, une association dédiée à l’égalité hommes-femmes, créé par et pour les nouvelles générations. « Digital feminist », Céline développe également un laboratoire de communication en faveur de la mixité, apportant un éclairage neuf et décomplexé sur l’engagement au féminin.

Bonjour Céline ! Comment est né votre engagement ?

J’ai été sensibilisée aux gender studies pendant mes études en école de commerce. Jeune diplômée, j’ai rejoint TF1, d’abord dans la publicité puis le digital. Deux ans plus tard, j’ai découvert WoMen’Up, une association créée par Emmanuelle Duez en 2011, qui correspondait exactement à ma vision du féminisme. Emmanuelle m’a fait très vite confiance. Nos convictions communes ont créé un lien très fort, un lien de sororité. Au bout d’un moment, j’ai décidé de sauter le pas et j’ai quitté mon job en bonne membre de la génération Y que je suis ! Je me suis mise à mon compte pour faire du conseil et j’ai repris mes études pour obtenir un Certificat d’études sur le genre à la Sorbonne. Aujourd’hui, je suis présidente de WoMen’Up, qui articule les sujets de mixité et de génération, et extrapreneure en même temps.

Quelles sont les particularités de la génération Y ?

Les jeunes générations, hommes et femmes ont les mêmes revendications que celles qu’ont porté les femmes ces 30 dernières années (équilibre vie pro/vie perso, flexibilité, méritocratie…). Cela change forcément la donne en entreprise où il y a un fort enjeu de rétention des talents. La mission de WoMen’Up est d’éveiller les consciences, d’aider les entreprises à mettre en place des politiques de mixité, et de faire des jeunes générations des ambassadeurs de la mixité. On essaie de réconcilier les entreprises et les jeunes générations à travers une approche quasi scientifique. On mène des études dans notre Think Tank pour prouver ce qu’on avance parce que la crédibilité vient des faits, pas du ressenti.

Quel est le rôle du média WoMen’Up ?

Notre média collaboratif permet de déployer nos messages au-delà des entreprises. On l’a pensé comme une tribune des jeunes générations autour de trois thématiques : mixité, entreprise et société. A travers ce média, on met en avant de nouveaux role models parce qu’il n’y a pas que Xavier Niel ou Sheryl Sandberg. Nos role models sont aussi des personnes plus proches de nous. On garde toujours cette idée d’intergénérationnel avec des interviews par regards croisés. On organise aussi des événements tout au long de l’année et on prépare un colloque pour novembre. En 2018, nous allons lancer notre nouvelle promotion de notre incubateur de talents, La Fusée, destiné aux jeunes diplômés et jeunes actifs. L’idée ? les former pendant un an avec des conférences, des ateliers et des actions pour qu’ils soient ensuite ambassadeurs de l’égalité et puissent porter nos messages quand ils seront managers, entrepreneurs, etc.

Pourquoi la sphère sociétale s’invite-t-elle aujourd’hui dans les entreprises ?

Les frontières entre le pro et le perso se diluent avec le digital. Aujourd’hui, l’idée est plus l’équilibre que la séparation. La manière dont on mène notre vie personnelle a des conséquences professionnelles, et c’est d’ailleurs tout l’enjeu de la répartition des temps de vies.

D’autre part, les entreprises ont mis en place beaucoup de choses pour faire progresser l’égalité F/H alors qu’on assiste à un recul des questions de l’égalité dans la sphère sociale. Notre dernier projet “Les hommes à femmes” questionne ce mouvement de retour en arrière. On mène une étude qualitative sur ces hommes qui se sentiraient menacés par les femmes de pouvoir pour essayer de repenser la masculinité, la féminité dans un monde plus égalitaire. L’objectif est de produire un manifeste d’hommes qui soutiennent l’émancipation des femmes, qui ne s’en sentent pas moins virils, et de rallier les hommes à ce projet pour l’égalité.

Revendiquez-vous un positionnement féministe ?

On a eu beaucoup de débats pour définir le féminisme qui nous ressemble, notamment parce qu’on est une association mixte. Finalement, on porte un renouveau féministe très porté par la culture digitale, un féminisme décomplexé, assumé, qui s’éloigne des représentations dominantes qui apaise cette image “anti-hommes” qui lui colle encore à la peau.

Vous vous définissez comme une « digital feminist » ?

Le digital c’est un outil extraordinaire pour aller vers plus d’égalité en reprenant la parole et faire entendre sa voix. C’est une vraie bascule des cultures. Et puis tous ces mouvements qui partent du digital pour réussir à finalement avoir un impact sur la vraie vie comme la Women’s March sont impressionnants. C’est aussi une source d’opportunités pour les femmes dont il faut qu’on se saisisse. Je suis atterrée de voir que le numérique soit autant investi par les hommes. C’est notamment parce que les écoles prestigieuses « masculines » se sont emparées de ces métiers et qu’on y reproduit les mêmes stéréotypes qu’ailleurs. Les filles ne vont pas vers les métiers du digital parce que les représentations sont encore stigmatisantes notamment le cliché du “geek”. Je pense donc que c’est avant tout une question d’image. Pour moi, le digital n’est pas un secteur : demain tout sera digital. Mon conseil ? Lancez-vous !

 

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